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"Désormais, mon nom est Rhania"

lundi 8 octobre 2007

Aïcha, c’était son prénom et celui de la femme étrangère qui l’a exploitée durant dix ans. Aujourd’hui, à 23 ans, sous le nom de Rhania, elle a enfin droit à l’existence.

Durant dix ans, Rhania, originaire du Maroc, a été exploitée par Mme N.. Trompée et trimbalée depuis son enfance, elle cherche à remettre dans l’ordre les épisodes d’une vie de servitude. « J’avais perdu ma mère à 5 ans, décédée dans mes bras. Je suis tombée malade à cause de ça. Quand j’ai eu 8 ans, Mme N., la fille d’un ami de mon père, a proposé de m’emmener en France pour me faire soigner. Elle m’a prise parmi ses enfants sur son passeport. » Durant trois ans, de 1993 à 1995, tout se passe bien. Rhania est scolarisée. « Puis je suis retournée voir mon père au Maroc. À mon retour en France, Mme N. m’a demandé de m’occuper des enfants, de faire le ménage. Quand je n’avais pas tout fini, je devais sécher l’école. J’avais tout juste 11 ans. »

Autorisation de battre

À la rentrée suivante, Mme N. la retire de l’école pour la placer dans la famille de Mme S. où elle travaille la semaine. « Quand Mme S. s’est plainte de mon travail, Mme N. l’a autorisée à me battre. » Elle devait être payée 2 000 ou 2 500 francs, mais Mme N. interceptait systématiquement son salaire. « Mme N. me disait que je devais ramener de l’argent pour aider mon père resté au pays. »
Ensuite, Rhania est placée dans d’autres familles. « Parfois je retournais à l’école, où je devais mentir pour justifier mes absences. J’avais bien trop peur de dire la vérité. »
Envoyée chez Mme L., elle lui raconte sa situation. « J’avais 16-17 ans, et je commençais à me poser des questions. Mais Mme N. m’a fait revenir sous prétexte que mon père était mort. Quand je suis arrivée, elle m’a annoncé qu’il n’était pas mort, mais que l’école s’inquiétait de mon absence et avait exigé une enquête de police. Comme ils ont constaté que j’étais en vie, ils ont arrêté la poursuite. »
Puis Rhania est envoyée chez Mme O. pour s’occuper des enfants. « Mme N. me disait de me maquiller pour me vieillir, car elle avait dit que j’avais 18 ans. Après Mme N. a eu une fille. C’est moi qui l’ai élevée. »
« Là-dessus, Madame N. m’a trouvé un fiancé. J’ai compris qu’elle allait me vendre à un homme. Elle me disait qu’il le fallait pour avoir mes papiers. J’ai refusé car je ne voulais pas partager mon lit avec un inconnu. »

Majorité salvatrice

Lorsque Rhania devient majeure, Mme N. demande conseil à Monique P., pour lui obtenir des papiers. « Monique s’est rendu compte de ma situation. Elle est venue me voir et m’a dit : “Si tu viens chez moi je t’aiderai ; sinon, je ne peux rien”. J’ai réfléchi deux jours. J’ai pensé à toute ma vie, sans parents, sans famille. »
Puis Monique est revenue à l’appartement un jour où Rhania était seule. « On est parties aussitôt, sans rien prendre. » Par la suite, la police est venue chez Mme N. pour l’interpeller et récupérer le passeport de Rhania. Mme N. a été condamnée à dix mois de prison avec sursis et 18 000 euros d’amende. « Mais elle a fait appel. Alors je n’ai toujours rien reçu. »
« Maintenant j’ai mes papiers, et je travaille. Mais je me rends compte que je n’ai pas eu d’enfance, que j’ai été privée de mes parents, d’amis. Qu’est-ce que je vais raconter à mes enfants ? Mme N. a raté sa vie et gâché ma jeunesse. Mais moi au moins, aujourd’hui, je suis installée en couple et, à 23 ans, j’ai encore toute une vie à construire. »

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