Identité à reconstruire

vendredi 12 octobre 2007

L’esclavage laisse de profondes séquelles. Une pression psychologique souvent rompue par un tiers, et qui nécessite par la suite un accompagnement social et psychologique pour aider les victimes à reconstruire leur vie.

« Un jour, Mohammed m’a laissée pour quelques minutes dans la voiture. J’en ai profité. Je suis sortie et j’ai couru. Je me suis arrêtée sur une place de marché. Je ne connaissais personne. Je me suis assise et j’ai pleuré. Une femme est venue me voir. “Qu’est-ce que tu pleures, ma fille ?” Je lui ai tout raconté. Elle s’appelait Aziza, elle était marocaine, comme moi. Elle m’a écoutée, aidée et me suit encore aujourd’hui. » L’histoire de Zoubida se compose d’épisodes récurrents de femmes réduites en esclavage. Tout à coup une situation, un déclic pousse à l’évasion. Mais surtout la rencontre d’une tierce personne compréhensive qui intercepte l’appel au secours et réagit avant que l’“employeur”n’ait eu le temps de remettre la main sur sa bonne.

L’intervention d’un tiers

« La victime est tellement enfermée dans ce lieu privé, tenue par l’absence de papiers, les menaces de dénonciation à la police, qu’elle ne peut s’en sortir que si elle trouve un point d’appui extérieur permettant de la relier à la réalité », constate Zina Rouabah. Cette tierce personne est souvent une voisine, une maman à la sortie de l’école, une passante s’inquiétant de la situation d’une jeune femme, ou les travailleurs sociaux du quartier. En quelques mots, donner à une esclave l’opportunité de s’exprimer. « Si on soupçonne une situation d’esclavage, il ne faut pas hésiter à prévenir les associations », exhorte Zina Rouabah. Celles-ci pourront intervenir, généralement après avoir mené une enquête privée pour vérifier si la situation est avérée, et si la victime souhaite une intervention. « Quand il y a des cas déclarés, nous allons sur place pour interroger le voisinage, chercher des éléments pour voir si les faits sont avérés », explique Michel Guine, enquêteur pour le CCEM (Comité contre l’esclavage moderne). « Comme pour Manja que nous avons aidée à constituer un dossier, précise Zina Rouabah. Notamment en lui fournissant un appareil photo jetable qui lui a permis de prendre les lieux de sa vie, ses mains crevassées, son matelas posé par terre dans la salle de bain. Quand le dossier a été suffisamment fourni, nous sommes d’abord allés chercher Manja, puis nous avons porté plainte à la gendarmerie. »

Suivi indispensable

Égarées, isolées pendant des années, souvent sans papiers et traumatisées, les victimes doivent reconstruire leur identité. Après avoir fui de chez leur employeur, la plupart vivent dans la peur d’être retrouvées. « Au début, lorsque l’on croisait un homme dans la rue, Fathia m’attrapait le bras, raconte Michel. Elle craignait toujours que son ancien maître tente de la retrouver. » À Paris, le CCEM dispose d’un appartement où il héberge les jeunes filles en sécurité. Là, en attendant de trouver une place dans une famille d’accueil, elles sont suivies, tant sur le plan psychologique qu’administratif.
« La majorité d’entre elles arrivent illégalement en France, précise Angèle Najjar, du service juridique du CCEM. Une fois extraites de leur servitude, elles se retrouvent en situation irrégulière. »
Rencontrée dans les couloirs d’une préfecture, Zoubida, arrivée du Maroc en 2000, doit affronter les méandres de l’administration pour renouveler son titre de séjour. Même si une circulaire du ministère de l’Intérieur d’octobre 2005 demande aux préfets de traiter avec bienveillance les demandes des victimes de l’esclavage.
Les victimes obtiennent une autorisation provisoire de séjour durant toute la durée de la procédure.

Le retour à une vie normale

À 38 ans, dont cinq années passées en France, Fathia ne veut plus revenir sur son histoire passée. Ses perspectives sont de revenir à une vie normale.
De Lille, où elle s’est réfugiée chez sa tante, elle est renvoyée par son assistante sociale au CCEM, à Paris. « À l’époque j’avais peur de tout le monde. » L’association lui propose un hébergement à “l’appartement” en attendant de trouver une famille d’accueil. « J’y suis restée un mois. Je n’y étais pas à l’aise, je ne sortais pas, j’avais peur que ceux du Nord me recherchent. J’avais peur aussi de la famille d’accueil qu’on allait me trouver, je craignais de m’embarquer dans une autre histoire compliquée. » Puis Michel est venu la chercher à l’appartement. « J’ai d’abord eu peur de sa stature et de sa grosse voix. J’étais inquiète, perdue. » Puis à la maison il y a eu Judith, la femme de Michel. Fathia prend peu à peu ses repères.
« Côté famille d’accueil, il y a une véritable difficulté pour faire la part entre la crainte de l’exploiter et le fait d’accepter qu’elle participe à la vie de la famille, explique Michel. Au départ, je refusais qu’elle fasse le ménage. »
Après deux ans et demi de vie sous le même toit, le couple et Fathia parlent avec aisance et complicité des difficultés du début. Les périodes de déprime, les séances chez le psychologue, la peur de rester seule à l’appartement... Depuis un an et demi, Fathia travaille dans une maison de retraite comme auxiliaire de vie. Elle veut devenir aide-soignante. À présent, Michel compte bien l’inciter à trouver un appartement. « Nous voulons l’aider à prendre conscience de l’importance de sa vie de femme, à trouver le chemin de l’indépendance. »

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