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Face à la diversité des jeunes : Sensibiliser. Prévenir la traite

La prévention des mineurs à la traite à des fins d’exploitation sexuelle peut prendre différentes formes en fonction du public visé. L’idée de base est de sensibiliser les jeunes à une vie affective et sexuelle libre, épanouie, et sans violence. Les méthodes d’intervention diffèrent selon le contexte. 

La prévention en milieu scolaire

Elle s’adresse à tous les jeunes scolarisés, sans distinction, de la cinquième à la terminale. Etant donné que la prostitution prend sa source dans les inégalités existant dans la société, elle va au-delà du sujet de l’exploitation sexuelle, mais traite également de l’égalité fille / garçon et de la lutte contre l’homophobie.

Elle cherche à donner des bases solides pour apprendre à repérer les dangers et à donner des références positives sur l’éducation à la vie affective et sexuelle.

Des mineurs isolés étrangers sont scolarisés en petit groupes dans des collèges. Dans ce cadre, la prévention auprès de ce public est particulière, car elle touche des jeunes donc beaucoup ont subi des violences sexuelles et qui souffrent de traumatismes assez importants.

Une action éducative 

L’action de prévention se veut éducative pour que les jeunes portent une réflexion sur la vie affective et sexuelle, sur les facteurs qui mènent à l’exploitation, et qu’ils s’approprient ces sujets. 
Les intervenants prennent le temps d’informer les élèves sur les situations à risque et les manipulations des « lovers boys » et « fausses copines » à éviter.
En travaillant sur l’égalité homme / femme et la lutte contre l’homophobie, les animateurs cherchent à faire réfléchir sur la place des femmes dans la société, déconstruire les stéréotypes sexistes et homophobes, les conséquences des violences subies. Ils font aussi réfléchir sur toutes les logiques d’exclusion qui fabriquent le terreau de vulnérabilité sur lequel prospère l’exploitation sexuelle. 

Une invitation aux échanges

Sous forme de groupes de parole au sein desquels les jeunes échangent entre eux, les animateurs sont essentiellement là pour poser des questions, apporter des idées, et recadrer le débat si nécessaire.

Une autre image de la vie affective et sexuelle

Les groupes de paroles animés dans ce cadre ont surtout pour vocation de revenir sur les représentations qu’ont ces mineurs sur le sujet de la vie affective et sexuelle. Beaucoup de  jeunes ont un niveau d’acceptation de la violence dépassant de loin la norme car ils ont grandi avec. Les animateurs travaillent donc des références positives autour du sujet : dans une vie de couple ou dans une vie sexuelle, qu’est-ce qui est acceptable et qu’est-ce qui ne l’est pas ? qu’est-ce qui correspond à une vie de couple qui se passe bien ?

L’objectif est de leur faire prendre conscience que leur existence, leur vie, leur corps a de la valeur, qu’ils ne sont pas obligés de subir ce qu’on leur impose et qu’ils peuvent porter plainte car ils ont des droits.

Les intervenants abordent également la santé sexuelle, le plaisir, l’épanouissement, pour leur donner une autre image de la vie affective et la sexualité.

Créer un espace d’expression

Les mineurs victime de traite n’ont absolument pas l’habitude qu’on leur demande leur avis. L’objectif premier est qu’ils acceptent de parler du sujet en leur offrant un espace où ils peuvent s’exprimer, au sein duquel des adultes les écoutent dans un cadre bienveillant. Ensuite, l’intention est qu’ils comprennent qu’ils peuvent être aidés par des associations spécialisées. 

Une approche participative

Les groupes de parole débutent par une question générale : est-ce que vous trouvez qu’aujourd’hui il y a une bonne justice entre tous les citoyens ? Que pourrait-on faire pour qu’il y ait plus de justice, plus d’égalité ?... Ensuite, quand les échanges sont lancés, les animateurs posent des questions de plus en plus précises.

Des outils ludiques accompagnent les séances

Lors des séances de prévention, les intervenants s’aident d’outils destinés à solliciter la parole des jeunes. Ils peuvent ainsi tirer des cartes « message », contenant une idée, et s’exprimer sur le sujet soulevé. La diffusion de vidéos montrant d’autres jeunes qui s’expriment aide également à lancer les débats. D’autres vidéos de sensibilisation, des extraits de reportage, des jeux sur l’estime de soi, permettent d’alimenter les échanges. 

Clip de sensibilisation sur la prostitution des mineurs faite par l’antenne de Mulhouse.
Elle a été primée par le forum français de la sécurité urbaine.

De la prévention à l’accompagnement

Sur demande des établissements scolaires, la « prévention secondaire » intervient auprès d’un public fragilisé, soupçonné d’avoir des conduites prostitutionnelles. Dans ce cas, la prévention est très proche de l’accompagnement.

Anticiper la suite des conduites pré-prostitutionnelles

En général, les jeunes concernés sont déjà dans des relations d’emprise avec des lover boys ou des fausses copines. Par ailleurs, ils sont dans des situations de conflits familiaux et ont souvent déjà subi des violences.

Ils n’ont donc aucune raison de privilégier leur vie familiale ou leur scolarité par rapport aux illusions attirantes véhiculées par les proxénètes. 

Le but de la « prévention secondaire » est alors de présenter au jeune des scénarios d’anticipation pour lui faire imaginer les suites possibles d’un comportement à risque. Les questions posées sont simples : Est-ce que ces personnes, à qui tu fais nouvellement confiance, qui ont l’air de t’écouter, de t’apporter de l’affection, le font gratuitement ou dans un but précis ? Est-ce qu’ils n’attendent pas quelque chose de toi ? Es-tu la seule personne dans cette situation qui peut les intéresser ? Que perds-tu sur le plan personnel en quittant le cadre sécurisé de l’école ?...
Cette « prévention secondaire » sert aussi à montrer qu’il y a des associations et des professionnels qui peuvent accompagner le mineur lorsqu’il aura décidé de se faire aider pour sortir de l’exploitation. 

Les mécanismes d’emprise en bande dessinée

La bande dessinée « Pour toi Sandra » retrace l’histoire vraie d’une victime d’exploitation sexuelle dans les années 90. Le contexte date un peu, mais la logique d’emprise des lovers boys reste la même aujourd’hui : repérer une personne fragile en manque d’affection, l’entourer de fausses attentions, pour l’amener petit à petit à la prostitution. Cette bande dessinée permet ensuite de revenir sur les mécanismes de l’exploitation avec la personne. 

> En savoir plus sur la bande dessinée « Pour toi Sandra »

Sensibiliser dans les pays de départ de la traite

Une bande dessinée, « Le secret du manguier », destinée à la prévention sur la traite à des fins d’exploitation sexuelle, est diffusée dans les pays de départ, notamment au Cameroun, au Togo et en Côte d’Ivoire. 

> En savoir plus sur la bande dessinée « Le secret du manguier »
 

Mouvement du nid

L’association porte 4 missions :

Aller à la rencontre des personnes en situation d’exploitation sur les lieux de prostitution
Accompagner les personnes via des permanences d’accueil : suivi social et psychologique, aide à la réinsertion.
Réaliser des activités de prévention sur la vie affective et sexuelle dans les établissements scolaires franciliens (association agréée par le ministère de l’Education Nationale)
Former des travailleurs sociaux sur la prise en charge de femmes victimes de violence et de personnes en situation de prostitution


Article écrit en collaboration avec Benoit Kermorgant, coordinateur des 4 antennes du mouvement du nid en Ile de France.