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Rendre la liberté et le statut de sujet aux victimes de traite

Les victimes de traite ont été privées de liberté et d’identité au cours de leur exploitation. Lorsqu’elles en sortent, elles se retrouvent au cœur de procédures judiciaires et administratives leur demandant un investissement personnel conséquent sur des sujets très engageants émotionnellement. Dans ce contexte, l’accompagnement psychologique est un levier important pour redevenir acteur de sa propre vie et exercer sa liberté tout au long de son parcours. 

Les spécificités de l’accompagnement psychologique post-violence des victimes de traite

Une thérapie sur recommandation
En général, les victimes de traite ont recours à un accompagnement psychologique sur recommandation d’un travailleur social. 

Le but recherché est alors d’aider la personne dans son rétablissement et sa reconstruction après les violences subies et les sévices de l’exploitation.

La reconstruction du récit : une étape libératrice, mais attendue à plusieurs endroits
Du point de vue du rétablissement de la personne, la reconstruction de son propre récit peut devenir libérateur. Pourtant, au départ, la narration est souvent traumatique, émotionnellement éprouvante, car elle rappelle et réveille les douleurs vécues, celles que la victime voudrait oublier. Les violences subies, souvent insupportables, rendent difficile l’accès au souvenir, à la mémoire traumatique, et engendre des incohérences ou des absences dans le récit. 

Malgré cela, la re-mémorisation, la reconstruction et la réorganisation de sa propre histoire peut devenir une étape résiliente. C’est à ce moment là que la personne se réécrit à travers son récit. Ce travail de ré-encodage du souvenir va petit à petit rendre le vécu supportable, et permettre à la victime de tourner la page.

Seulement, la récit de la victime est également attendu tout au long de son parcours social, administratif et judiciaire. Il est utile pour l’identifier en tant que victime par les travailleurs sociaux ou la police, et dans les cadres du dépôt de plainte, de la demande d’asile et de la justice pénale.

La difficulté pour la personne accompagnée est donc de sortir du cadre des attentes que l’on a vis-à-vis d’elle, pour reprendre l’élaboration de son récit à son compte dans un cadre de thérapie psychologique.

Les attestations demandées au psychologue
Dans le cadre de la procédure judiciaire, pénale, ou administrative, une attestation peut être réclamée au psychologue par la police, l’OFPRA ou la justice, afin d’évaluer le niveau de traumatisme et la vulnérabilité de la personne. Le but est d’avoir des éléments pour prendre en compte l’état psychique de la victime dans le traitement de la procédure.

Cette démarche est pertinente lorsque les symptômes du traumatisme sont présents et liés à l’exploitation. Elle peut également aider les professionnels sociaux ou judiciaires à prendre conscience des difficultés rencontrées par la victime dans l’élaboration de son récit.

Mais les demandes d’attestation peuvent venir perturber le travail psychologique de la personne. Celle-ci peut être tentée de répondre à une attente que l’on a vis-à-vis d’elle plutôt que d’effectuer cette démarche en toute liberté, pour elle-même, dans un processus de travail psychologique dont la finalité est sa propre reconstruction.

Un espace thérapeutique de liberté, destiné à redevenir acteur de sa propre vie.

Les victimes de traite ont souvent perdu leur identité et leur statut d’être humain au cour de l’exploitation. 

L’accompagnement psychologique, en redonnant la parole et la liberté à la personne lui rend son statut de sujet et d’acteur de sa propre vie.

Redéfinir le rôle de la thérapie, en dehors de tout attendu administratif ou judiciaire
Pour permettre à la personne de se saisir du cadre thérapeutique comme d’un espace de liberté pour soi, destiné à sa propre reconstruction, il est premièrement utile de recontextualiser le rôle du psychologue et de la thérapie, en dehors de toute finalité judiciaire ou administrative.

Un dispositif créé avec la victime
Le dispositif thérapeutique se construit entre le psychologue et la personne accompagnée, tous deux définissant ensemble les objectifs de la thérapie. 

Dans ce cadre, si une demande d’attestation apparait, elle ne se fera que si la victime le désire.

Expliquer le rôle de chaque acteur intervenant auprès de la victime 
Pour que la victime puisse être actrice dans toutes les démarches qui lui sont demandées, il est souvent nécessaire d’expliquer et de détailler le rôle de l’ensemble des acteurs qui gravitent autour d’elle : la police, les magistrats, les travailleurs sociaux… et  de redéfinir la place du psychologue au sein de cet environnement. Il est également utile de préciser à la personne la finalité de chaque démarche qui lui est demandée. 

Ce travail pédagogique permet à la personne de mieux appréhender le contexte dans lequel elle s’inscrit et d’être en capacité de s’en saisir et de redevenir actrice dans chaque démarche qu’elle envisage auprès de ces institutions.

Garantir la confidentialité des échanges
Pour que le cadre thérapeutique soit vécu comme un espace de liberté, il est indispensable de garantir à la personne la confidentialité des échanges. C’est à elle que revient le choix de divulguer ou non les informations évoquées lors des entretiens.

Toute démarche devient support de thérapie
Que ce soit une demande d’attestation, la réclamation du récit, un dépôt de plainte, tout est envisagé comme un support de thérapie destiné à la réappropriation personnelle de la démarche par la personne.

Ainsi, toute démarche administrative ou judiciaire s’inscrit dans le véritable projet de vie de la personne et devient une occasion de reprendre ou d’exercer sa liberté.

D’un point de vue psychologique, ces supports sont aussi l’occasion de se décrire et d’avoir une analyse sur soi.

En reprenant l’initiative personnelle de chaque démarche, la personne redevient également un acteur à part entière, jouant son propre rôle au sein d’un environnement social ou professionnel tel que la justice, une institution administrative, une association, un service social...
 

L’OICEM Organisation Internationale Contre l’Esclavage Moderne

Outre l’accompagnement de personnes victimes de traite exploitées en France et en Europe, l’OICEM développe depuis plusieurs années une assistance aux personnes mineures et majeures qui ont été victimes de traite, d’esclavage, de travail forcé, durant leur parcours migratoire. 
L’OICEM offre notamment un soutien psychologique spécialisé et vient en appui aux équipes professionnelles et bénévoles qui sont de plus en plus confrontées à des récits relatant ces faits de traite et d’esclavage.


Article rédigé en collaboration avec Nagham Hriech Wahabi, psychologue clinicienne et directrice de l'OICEM
 

Une Alliance internationale 8.7 pour accélérer la lutte contre l’exploitation des populations vulnérables

La France rejoint l’union et se mobilise pour éliminer le travail des enfants, le travail forcé, la traite des êtres humains et l’esclavage contemporain. Le Collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains" et ses associations membres ont largement contribué au processus pour obtenir le statut de "pays pionnier" dans ces domaines et suivra la mise en oeuvre de la stratégie.