Coordination : Geneviève Colas - genevieve.colas@secours-catholique.org - 06 71 00 69 90

Jeux olympiques et paralympiques : Des risques d’exploitation et de traite

En 2022, en France, 4363 victimes de traite des êtres humains ont été repérées par les associations. Un chiffre que l’on peut considérer en deçà de la réalité tant certaines formes d’exploitation sont difficiles à déceler et beaucoup de victimes demeurent invisibles. Or, on sait, par expérience, que les grands événements sportifs sont propices à l’accroissement de ce phénomène.

Notre analyse

L’exploitation par le travail et l’esclavage domestique

En marge des grands événements sportifs, la forte demande en main d’oeuvre et les grands projets, pour lesquels on recourt généralement à un voire plusieurs niveaux de sous-traitance, peuvent être propices à l’exploitation par le travail. L’impossibilité de prendre du retard sur les chantiers, par exemple, peut encourager une entreprise donneuse d’ordre à être moins vigilante sur les conditions de travail imposées aux ouvriers engagés par ses sous-traitants.

De même, le fort besoin en emplois précaires (sécurité, nettoyage, etc.) lors des événements, peut favoriser l’emploi massif de personnes non-déclarées et sous-payées que l’on va faire travailler de manière intensive.

La contrainte à commettre des délits

Des organisations criminelles forcent des personnes, souvent des mineurs vulnérables, à commettre des délits et des crimes en vue d’en récolter les gains : vols à la tire, à l’arraché, au distributeur automatique de billets, cambriolages, vente de médicaments, de cigarettes ou d’objets volés, arnaque à la charité, obligation à dealer…

Lors d’événements comme les Jeux Olympiques, les touristes venus en nombre représentent une cible idéale pour ces groupes criminels qui seront tentés de recruter massivement de nouveaux jeunes pour saisir cette opportunité.

La mendicité forcée

Les victimes de la mendicité forcée sont généralement de jeunes, voire très jeunes enfants, originaires de Roumanie. Ils vivent dans une grande précarité au sein de leur famille ou de leur communauté, coupés de l’école et du reste de la société.

Les grandes manifestations sportives ou culturelles, et leur forte fréquentation, sont une opportunité pour ceux qui les exploitent d’augmenter leurs revenus en contraignant de nouveaux enfants à mendier.

L’exploitation sexuelle

Lors des grands événements sportifs, le plus grand nombre de « clients » potentiels, du fait de l’afflux de touristes, mais aussi du contexte festif et d’un possible sentiment d’impunité lié au déplacement, représente une opportunité pour les exploiteurs et attire de nouveaux groupes criminels. Ceux-ci vont recruter massivement de nouvelles victimes pour répondre à la demande.

Notre position

Une politique efficace de  prévention et lutte contre l’exploitation et la traite en France est indispensable.

La traite des êtres humains cause des traumatismes importants chez les victimes souvent exposées à des menaces et des agressions physiques et verbales, des privations de leurs besoins fondamentaux comme dormir ou manger suffisamment et correctement, des stratégies d’isolement et d’humiliation. La traite a aussi des effets néfastes pour l’ensemble de la société car elle génère de la pauvreté et crée des poches de délinquance et de criminalité. Enfin, elle remet en cause des valeurs fondamentales, socle de notre contrat social (protection de la dignité et de l’intégrité des personnes, accès à l’éducation et interdiction de travailler pour les enfants…).

C’est pourquoi le Secours Catholique et d’autres associations, réunis au sein du collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains », estiment qu’il est indispensable de réfléchir à une politique efficace contre ce phénomène, surtout à l’horizon des Jeux Olympiques 2024 qui risquent de l’exacerber.

Différentes pistes sont envisageables :

  • Inciter les entreprises à être vigilantes quant au respect des droits humains tout au long de leur chaîne d’approvisionnement ou de production.
  • Sensibiliser les potentielles victimes mais aussi l’ensemble de la société aux risques de traite sous toutes ses formes. En savoir +
  • Garantir un accompagnement juridique aux victimes pour favoriser les plaintes et les poursuites à l’encontre des exploiteurs.
    Pour cela, il faut notamment cesser de poursuivre et de condamner les jeunes contraints de commettre des délits dans le cadre de la traite en les considérant d’abord comme des victimes.

Repères

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Interview par Benjamin Sèze,  journaliste*, de Geneviève Colas, responsable au Secours Catholique Caritas France du plaidoyer concernant les Grands événements sportifs et coordinatrice du Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains »

* Résolutions, supplément du journal Messages n°762

Secours Catholique - Caritas France

Le Secours Catholique - Caritas France participe à la lutte contre la traite des êtres humains sous toutes ses formes (exploitation sexuelle, travail forcé, esclavage domestique, incitation au vol, incitation à la mendicité, trafic d’organes...) en soutenant des initiatives locales en France et dans différents pays et en développant des actions de plaidoyer auprès des acteurs institutionnels.
 
Il s’agit :
d’améliorer la prévention des populations à risque,
de sensibiliser le grand public,
de mettre en réseau les acteurs locaux pour développer l’échange d’informations et l’interaction,
d’accompagner les victimes (aide psychologique, juridique, sociale)
et enfin de développer des activités de plaidoyer aux niveaux national et international.

Le Secours Catholique - Caritas France qui coordonne le Collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains" est membre de la plateforme européenne de lutte contre la traite des êtres humains créée par la Commission européenne.

Le Secours Catholique - Caritas France collabore régulièrement avec le GRETA du Conseil de l’Europe et interpelle le Comité des Parties à la Convention du Conseil de l'Europe contre la traite des êtres humains afin que le suivi de celle-ci interpelle les gouvernements signataires chargés de leur application dans leur pays.

Il est aussi membre du groupe de pilotage du réseau mondial Coatnet piloté par Caritas Internationalis, ce qui favorise des collaborations et partenariats avec diverses organisations de tous les continents.

Il intervient régulièrement avec le réseau Caritas présent dans 160 pays, dont il est le membre français, auprès des institutions de l'ONU : Conseil des droits de l'homme, Comité des droits de l'Enfant, rapporteurs spéciaux...