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Séjours « loisirs » avec des femmes victimes de traite : anticiper l’insertion

Les séjours d’été proposés à des femmes victimes de traite à des fins d’exploitation sexuelle résidant en foyer sont vécus comme de véritables vacances. Dans un cadre ludique et informel, ils contribuent à l’insertion sociale de chaque résidente.

Une pause « détente » dans le quotidien parisien

La majorité des résidentes du foyer sont dans des situations irrégulières, sans ressources ni insertion sociale ou professionnelle. Pour la plupart, elles ne connaissent de la France que la vie parisienne. L’intention était de les inviter à un temps de pause sur 4 jours, aux airs de vacances d’été, en dehors du rythme et des contraintes du foyer. 
L’ensemble des résidentes - une russophone, une francophone et huit anglophones, toutes majeures - ont participé au séjour avec enthousiasme.
Il s’est déroulé dans le chalet d’un petit village de Normandie. 

Les journées étaient partagées entre temps libre, vie de groupe, moments de détente et activités de loisirs.

Des préparatifs révélateurs

L’avant-séjour a été une étape importante. Pour ces femmes qui sortent rarement de Paris, les préparatifs sont l’occasion d’anticiper un événement futur et d’apprendre à s’y préparer. Certaines émotions sont alors apparues. Pour certaines, de la peur de se retrouver dans un cadre inconnu, pour d’autres, de l’impatience de partir… Ce furent des moments très propices au resserrement des liens. 

Une ouverture vers l’inconnu

L’isolement qui touche les résidentes et leur passé traumatique favorise le repli sur soi et sur ses problèmes. A l’inverse, ce séjour dans un nouvel environnement était pour les femmes l’occasion de s’ouvrir à l’inconnu et de découvrir une nouvelle région. Les activités ont permis de les décentrer d’elles-mêmes et ont favorisé leur épanouissement. 

L’après-midi au centre équestre était très intéressante au niveau éducatif. Le cheval créé une certaine appréhension, ce qui a obligé chacune à dépasser sa peur. Le rapport à l’animal permet de se déconcentrer de soi-même pour se concentrer sur le cheval. Cela apporte une fierté. (Laura Perier – assistante sociale)

Un contexte informel initiateur d’une nouvelle relation

La relation socio-éducative quotidienne au foyer implique des contraintes et nécessite des postures à adopter. Le cadre beaucoup plus souple des séjours, dans un nouvel environnement, en vivant ensemble 24h/24, instaure une nouvelle relation plus informelle entre tous. L’après-séjour témoigne d’un rapprochement affectif entre ces personnes, auquel s’ajoute de la confiance, de la complicité et de la reconnaissance. Les femmes ont une attitude plus participative, proactive, dans la vie du foyer. Il s’en dégage un climat apaisé avec une vraie synergie de groupe dans une bonne ambiance. 

Une des résidentes a été admise au foyer il y a peu. Avec elle, le lien de confiance prend du temps à se créer. L’activité équestre a permis de délier la relation. Elle était très impressionnée par le cheval mais nos échanges ont permis de la rassurer. Une vraie relation de confiance s’est construite à cette occasion. (Laura Perier)

Resserrer les liens entre résidentes

Ce n’est pas parce que les femmes vivent quotidiennement ensemble au foyer et partagent un parcours et un passé similaire, qu’elles sont solidaires. Souvent repliées sur elles-mêmes et leurs problèmes, elles ne sont pas forcément ouvertes à la relation à l’autre.  Ces vacances ont permis de travailler la dynamique de groupe et de favoriser les relations entre nous. C’est un très bon moyen de lutter contre l’isolement de certaines résidentes qui se sont saisies de ce cadre de détente et des moments agréables partagés pour s’ouvrir aux autres et s’intégrer.

La sortie au parc d’attraction a permis de partager des moments de détente, de rire, de joie. Cela a beaucoup impacté la dynamique du groupe. Malgré la barrière de la langue entre les nigérianes (anglophones) et les autres résidentes, les sensations vécues conjointement sur les attractions ont resserré les liens et le sentiment d’appartenance au groupe. Il n’y a pas besoin du langage pour partager des sensations et des moments intenses. (Laura Perier.)

Un tremplin vers l’insertion

Malgré l’atmosphère détendue du séjour, il fut l’occasion de travailler l’autonomie et la responsabilisation des résidentes. Les activités et la vie quotidienne impliquaient le respect de certains horaires et de l’anticipation pour ne pas pénaliser le groupe. Les sorties dans les espaces publics les ont obligées également à apprendre à se comporter en société. Ces éléments, impliquant de la considération pour autrui permettent à chacune de s’ouvrir et d’anticiper la vie à l’extérieur du foyer.
Au final, ces vacances donnent aux femmes aussi un nouveau regard sur elles-mêmes, car elles prennent conscience de leurs capacités d’autonomie.

La sortie à la plage fut la découverte d’un nouvel environnement, calme, tranquille, loin du tumulte parisien. Cependant, nous n’étions pas les seules à profiter de ce cadre. Un comportement adapté au partage de l’espace publique était nécessaire. Cela nous a permis de travailler tout ce qui est savoir-vivre et savoir-être, en intégrant les autres dans notre environnement. (Laura Perier.)
 

AFJ

Organisme reconnu d’utilité publique crée en 1965 qui propose de la mise à l’abri et de la sécurisation pour les femmes victimes de traite à des fins d’exploitation sexuelle.
 
C’est un lieux de vie communautaire qui propose un accompagnement socio-éducatif, une prise en charge globale médico-psychologique et un soutien sur les démarches administratives et juridiques, individuel et personnalisé.

Le foyer, basé à Paris, compte 12 places, et un appartement semi-autonome pour 3 personnes.


Article écrit en collaboration avec Laura Perier, intervenante sociale à AFJ.