Depuis des années le Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains » se mobilise pour promouvoir au niveau national l’étude statistique coordonnée par la MIPROF. En effet, des données statistiques solides et comparables sont essentielles pour comprendre l'ampleur et l'évolution du phénomène de la traite.
Les statistiques revêtent une importance capitale pour l'élaboration et l'adaptation des politiques et des interventions de lutte contre la traite des êtres humains, tant au niveau de chaque État membre qu’au niveau de l'Union Européenne.
La traite des êtres humains est un crime complexe à l'échelle de l'Union européenne qui nécessite des réponses continues fondées sur des données factuelles. C’est pourquoi l’on ne peut pas se contenter de données par pays.
Dans ce contexte, la Commission européenne a sorti dernièrement une étude afin de faire le point sur la manière dont les 27 États membres de l’Union Européenne collectent, gèrent et transmettent actuellement les données statistiques sur la traite des êtres humains à Eurostat.
L’étude commence par une cartographie comparative des systèmes nationaux de collecte de données sur la traite des êtres humains depuis le passage du mécanisme de notification volontaire à Eurostat à un cadre contraignant à l’échelle de l’Union Européenne. Elle examine les paysages institutionnels nationaux ou les organisations qui collectent et fournissent les données ; les modèles de coordination des données, les définitions utilisées (en particulier celles concernant les victimes, les victimes présumées, l’identification et les formes d’exploitation), les sources de données, les méthodologies, les flux de données et les accords existants en matière de partage des données. Elle identifie également les lacunes systémiques et les défis opérationnels qui entravent la comparaison des données ou la création d’un tableau statistique cohérent au niveau de l’UE.
Les conclusions confirment que les États membres ont réalisé des progrès substantiels au cours de la dernière décennie, grâce à l'exercice de déclaration volontaire coordonné par Eurostat, qui a permis d'améliorer la clarté méthodologique et d'encourager une meilleure comparabilité.
Toutefois, certains aspects de la collecte des données peuvent encore être améliorés.
Deux exemples :
- Les divergences dans les définitions et les pratiques de comptage, les ensembles de données incomplets et la fragmentation des responsabilités institutionnelles posent des défis pour l'exactitude et la comparabilité des statistiques sur la traite transfrontalière
- Alors que certains États membres ont mis en place des pratiques avancées telles que des systèmes de données intégrés et des identifiants uniques – notamment pour éviter les doubles comptages –, des obstacles structurels, juridiques ou techniques subsistent dans l'ensemble des États membres, entravant la production systématique et fiable de données.
L'étude formule des recommandations qui peuvent être considérées comme des pistes d'action au niveau national.
Par exemple, la mise en place de mandats juridiques clairs, de structures formalisées de coopération en matière de partage des données et de mécanismes de coordination solides entre tous les fournisseurs de données concernés, y compris les organisations de la société civile et les institutions.
En outre, la mise en œuvre de la directive modifiée aidera les États membres à renforcer leurs systèmes et pratiques nationaux de collecte de données.
Dans l'ensemble, cette étude vise à établir une base de référence pour mesurer les progrès réalisés à mesure que l'UE passe d'un système de déclaration statistique annuelle volontaire à un système obligatoire.
En améliorant la disponibilité, la cohérence et la fiabilité des données, les États membres et l'UE seront mieux armés pour comprendre, prévenir et combattre la traite des êtres humains, protéger les victimes et suivre les tendances à long terme.
Télécharger le dossier complet uniquement en anglais à ce jour.
Même si la nécessité absolue d’aller vers un système de statistiques fiable, il convient cependant de s’assurer que les moyens choisis pour effectuer des statistiques ne mettent pas en situation de plus grande vulnérabilité les personnes victimes (par exemple les personnes étrangères en situation irrégulières victimes de traite ou d’anciens mineurs non accompagnés devenant majeurs). Pour cela le dialogue entre société civile et institutions est indispensable.
Information transmise par la plate forme de la société civile, le HUB créée par la Commission européenne dont plusieurs associations du Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains » sont membres pour la France : CCEM, Secours Catholique - Caritas France...
Retrouvez plus d’informations sur le site de la Commission européenne.