Le 09 novembre 2026, l’association « Agir Contre la Prostitution des Enfants » (ACPE) organise un colloque au Palais du Luxembourg à l’occasion de son 40ème anniversaire. Retour sur ces 15 dernières années d’action avec Armelle Le Bigot, actuelle présidente, qui passera la main lors de cet événement.
Nicolas Bezin : Quel a été le premier enjeu de votre mandat ?
Armelle Le Bigot : Lorsque j’ai pris la présidence en 2012, l’association était uniquement impliquée dans la lutte contre le tourisme sexuel impliquant des enfants. Bien que cette cause était effectivement importante, je constatais également que l’exploitation sexuelle de mineur.e.s en France commençait à émerger et prendre de l’ampleur.
Nous avons donc orienté nos actions sur le combat contre ce phénomène qui touchait les enfants.
N. B. : Comment avez-vous mené ce combat ?
A. L. B. : Nous n’étions alors qu’une toute petite structure, sans moyen ni salarié. Nous avons donc commencé par initier un plaidoyer auprès des institutions. Le but était premièrement de visibiliser ce phénomène afin de mobiliser les acteurs publiques sur le sujet car ils avaient tendance à nier son existence sur le sol français.
Puis nous avons commencé à lancer des actions de prévention et sensibilisation auprès du grand public et des familles à travers les médias.
Dans le même temps, nous nous sommes toujours investi dans un certain nombre de procès aux cotés des familles et des victimes.
Cela nous a permis de rester en phase avec les réalités de ce phénomène et au contact des problématiques rencontrées par les victimes et leur entourage.
N. B. : Quelles ont été les étapes marquantes dans le développement de vos actions ?
A. L. B. :
En 2016, nous avons organisé un colloque à l’assemblée nationale, lors duquel nous avons notamment fait témoigner des parents.
Cet événement a considérablement renforcé notre impact auprès des instances politiques.
Ensuite, en 2018, France 5 a diffusé le documentaire « jeunesse à vendre » sur la prostitution de mineures françaises. Ce film nous a offert une véritable tribune dans les médias.
Nous avons alors participé à plusieurs émissions télévisées qui nous ont permis de toucher le grand public et de le sensibiliser à notre cause.
En 2020, nous avons créé les permanences AdoSexo, un dispositif de soutien psycho-éducatif à destination des professionnels de la protection de l’enfance, des victimes et de leurs familles. A partir de là, nous nous sommes entourés de partenaires spécialisés sur différents sujets liés à notre cause (sexualité, accompagnement psycho-éducatif, juridique, social…) afin qu’ils puissent intervenir dans nos formations auprès des professionnels en fonction des sujets sur lesquels nous étions sollicités.
Aujourd’hui, le dispositif AdoSexo bénéficie d’un rayonnement national et permet de lutter concrètement contre l’exploitation sexuelle des mineur.e.s à travers la formation des acteurs.
Enfin en 2021, le plan Taquet a matérialisé l’intention du gouvernement de se saisir de la problématique de l’exploitation des enfants en France. Cette politique a été pour nous un véritable facteur de développement.
Nous avons alors pu structurer notre mouvement et employer du personnel à disposition de l’accompagnement des victimes et de la formation des professionnels.
N. B. : Selon vous, quels sont les enjeux de demain de la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineur.e.s en France ?
A. L. B. : Aujourd’hui, les pouvoirs publics, les acteurs de la protection de l’enfance et le grand public ont conscience de ce phénomène.
En revanche, nous devons renforcer nos actions de terrain et consolider nos structures afin de toujours mieux former les acteurs et accompagner les victimes et leur famille.
Par ailleurs, nous constatons que l’âge des victimes mineures ne cesse de diminuer. Cela nécessitera d’adapter nos dispositifs d’accompagnement à des enfants de plus en plus jeunes.
Ce sera un des enjeux de demain, qui à mon sens devra miser encore davantage sur l’implication des parents mais aussi reposer sur un accompagnement médical spécifique destiné aux jeunes enfants.
Pour participer au colloque des 40 ans de l’ACPE
40 ans de l’ACPE, 40 ans d’engagement et de nouveaux défis à relever !
Au programme
- Interventions institutionnelles,
- projection d’un documentaire inédit,
- présentation des dernières données de recherche,
- tables rondes réunissant expert.e.s, professionnel.le.s, familles pour renforcer la mobilisation collective face à cet enjeu majeur de protection de l’enfance.
Agir contre la Prostitution des Enfants (ACPE)
L’Association a été créée en 1986 pour sensibiliser, en France, sur l’exploitation sexuelle des mineurs d’abord à l’étranger et aujourd’hui en France.
Ses missions sont essentiellement :
Des campagnes de communication
Des actions en justice
De l’aide aux victimes
Du lobbying
Des actions de formation
Article écrit en collaboration avec Armelle LeBigot, présidente de l’ACPE