Aujourd’hui, l’esclavage domestique en France concerne essentiellement des victimes provenant des Philippines qui sont passées par le Golfe Persique. La majorité des affaires connues ont eu lieu dans l’ouest parisien.
Ces femmes, souvent majeures, cherchent avant tout à travailler pour se sortir de la précarité et envoyer de l’argent à leur famille restée au pays. Elles sont en grande partie recrutées par des employeurs du Golfe Persique qui les font venir des Philippines.
Mais une fois sur place, ils confisquent leurs passeports et les maintiennent ainsi sous emprise afin de les exploiter à leur guise.
Ces femmes victimes arrivent en France à l’occasion de voyages de leur employeur qu’elles accompagnent en tant que domestique. C’est ici qu’elles sont parfois identifiées suite au signalement d’un tiers ou qu’elles arrivent à s’enfuir pour retrouver d’autres membres de leur communauté.
Elles peuvent alors envisager de s’extraire de l’exploitation et de se réinsérer professionnellement en étant accompagnées par des associations spécialisées.
Des victimes discrètes souvent invisibles
Ces femmes victimes tiennent en général à leur travail, car c’est leur unique ressource pour subvenir aux besoins de leur famille. Elles ne veulent donc pas entrer en conflit avec leur employeur au risque de perdre leur emploi. C’est pourquoi elles supportent des conditions de vie et de travail indignes en silence, sans imaginer porter plainte, sans même se considérer comme victime.
Et comme l’exploitation se déroule au sein de foyers privés, dans un environnement clos que les inspecteurs du travail ne peuvent pas contrôler, il est très difficile d’identifier les victimes.
Leurs passeports étant confisqués par l’employeur, elles se retrouvent en situation irrégulière en cas de fuite du domicile.
Toutes ces raisons font que, sans signalement extérieur d’un tiers attentif aux signaux d’alerte sur des conditions d’exploitation, les victimes restent invisibles.
Depuis quelques années pourtant, les actions de sensibilisation des professionnels et du grand public ont porté leurs fruits et augmenté la vigilance des citoyens.
Aujourd’hui, les associations reçoivent de plus en plus de signalements et peuvent ainsi intervenir auprès des victimes pour les aider à sortir de l’exploitation et se réinsérer socialement et professionnellement.

Le rôle fondamental du suivi à long terme des anciennes victimes
Aujourd’hui, suite aux multiples actions de plaidoyer et de sensibilisation, ainsi qu’au traitement médiatique des affaires d’esclavage domestique, les employeurs ont de moins en moins recours au travail domestique non déclaré. Les cas d’exploitation grave sont de fait devenus plus rares.
Cependant, les personnes étrangères qui ont vécu une période d’exploitation restent particulièrement vulnérables.
Il s’agit alors de leur transmettre tous les éléments du droit français pour leur permettre de se défendre face à un employeur abusif et de se prémunir d’une situation d’exploitation future.
Ces femmes restent parfois dans des situations relativement précaires, et un accompagnement social peut rester utile pendant un temps pour subvenir à leurs besoins.
Ce rôle de suivi est donc particulièrement important aujourd’hui, afin d’aider ces femmes à retrouver une situation sociale et professionnelle stable et durable.
SOS - Esclaves
L’Association accueille toute victime de Traite des êtres humains, y compris mineure.
Cependant, elle est spécialisée dans le soutien juridique et social des victimes d’exploitation domestique.
« SOS-Esclaves » agit dans différents domaines dont :
Prise en charge pour une protection civile : obtention de papiers, hébergement,
suivi juridique pénal : accompagnement systématique en vue de porter plainte pour « traite des êtres humains », et assurer le suivi de la procédure jusqu’au procès (procédure aussi devant la CIVI afin que les victimes obtiennent effectivement les dédommagements auxquels elles ont droit).
Article écrit en collaboration avec Catherine Le Moël, juriste à SOS Esclaves