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Le regard de l'OCRTEH sur l'exploitation sexuelle en France en 2025

Durant l'année 2025, l'office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH) a continué d'œuvrer contre la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle et le proxénétisme, pour lesquels il est le chef de file au niveau national. Les efforts de l'ensemble des forces de sécurité intérieure se sont notamment traduits par une augmentation des affaires résolues et du nombre de mis en cause ainsi que de victimes identifiées sur l'ensemble du territoire national. 

Les grandes tendances de l'année 2025 sont sensiblement les mêmes que celles observées depuis 2022 : une exploitation sexuelle logée et digitalisée, l'ampleur du proxénétisme de "proximité" touchant particulièrement les mineures et jeunes majeures d'origine française, et l'importance des réseaux latino-américains parmi les filières internationales. 

La prédominance de l'exploitation logée et digitalisée

Bien que l'exploitation sexuelle des victimes sur la voie publique soit toujours visible, elle prend majoritairement place, désormais, dans des lieux privés, tels que des hôtels ou appartements (exploitation dite « logée »). Ce phénomène implique un recours important au numérique (digitalisation) pour organiser les différentes étapes de l'exploitation par les proxénètes. 

L'exploitation logée a pour conséquence l'invisibilisation des victimes. 

Par ailleurs, le mode opératoire du sexe tour, consistant au déplacement régulier des victimes de ville en ville, complexifie l'identification de ces dernières et permet aux réseaux criminels d'être moins facilement détectés par les forces de sécurité intérieure. 

Dans plus de la moitié des affaires diligentées en 2025, l'exploitation est organisée par des structures criminelles de taille réduite (moins de 5 auteurs et/ou victimes) composées de jeunes hommes français souvent connus pour des faits de délinquance (notamment pour narcotrafic). 

De fait, le proxénétisme est davantage convoité par les délinquants dans la mesure où il constitue une opportunité économique importante ne nécessitant pas d'investissement initial contrairement au trafic de stupéfiants et répondant à une forte demande sur l'ensemble du territoire national. 

Ce proxénétisme dit de « proximité » touche particulièrement les jeunes femmes françaises en situation de vulnérabilité (addictions, fugue...), mineures ou jeunes majeures, et qui tombent souvent sous l'emprise de proxénètes. 

L'ampleur de l'exploitation des mineures 

Depuis ces 10 dernières années, l'identification de mineures victimes d'exploitation prostitutionnelle est en augmentation exponentielle. 
Ce profil représente plus de la moitié des victimes françaises identifiées dans des affaires résolues en 2025, principalement dans le cadre du proxénétisme de proximité. On remarque une concentration particulière de ces situations en Île-de-France, en Provence-Alpes-Côte d'Azur et en région Rhône-Alpes. 

On observe également une récurrence, parmi ces profils, de mineures en fugue du domicile familial ou de foyers de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE). 

La prise en charge de ces jeunes victimes est parfois complexifiée par leur démarche proactive vers la prostitution, celles-ci ne se considérant pas comme victimes mais plutôt comme « escorts », « michetonneuses » ou « sugar babies ». 

Les proxénètes usent de leviers psychologiques et de leur vulnérabilité pour renforcer l'emprise, allant des sentiments amoureux à la violence extrême, mode opératoire caractéristique des « loverboys ». L'hypersexualisation des jeunes femmes et la normalisation de la marchandisation des corps sur les réseaux sociaux ont pour conséquence de banaliser l'exploitation sexuelle des mineures.

La persistance des réseaux internationaux, particulièrement des groupes criminels latino-américains

Bien que les profils français représentent une majorité des victimes, les investigations des forces de sécurité intérieure ont permis l'identification de nombreuses victimes étrangères. Malgré une très légère baisse observée depuis 2023 dans les affaires résolues par les forces de police et de gendarmerie, les réseaux d'Amérique latine et des Caraïbes continuent d'exploiter sexuellement des victimes principalement issues de ces mêmes régions. 

Parallèlement, on observe une augmentation des réseaux d'origine chinoise ancrés dans une forte logique communautaire. 
Ces réseaux internationaux sont particulièrement structurés et usent de méthodes sophistiquées, notamment en termes de blanchiment d'argent. 

En outre, on remarque une importante représentation des profils féminins parmi les mis en cause dans les réseaux latino-américains et asiatiques, principalement chinois. Alors que les réseaux d'Afrique subsaharienne sont en forte diminution, spécifiquement les réseaux nigérians, autrefois très présents, les réseaux d'Europe centrale et orientale se maintiennent. 

La prise en charge des victimes 

Les victimes d'exploitation sexuelle sont impactées par de nombreux traumatismes physiques et psychologiques. 

Ainsi, la sortie d'exploitation est une étape cruciale, notamment pour la libération de la parole, et nécessite un accompagnement adapté que l'OCRTEH s'efforce de promouvoir. 

À cet effet, une boîte à outils dédiée à la prise en charge des victimes a été mise à disposition des enquêteurs : 

  • lignes directrices sur l'accueil des victimes et le partenariat avec les associations, 
  • modèles d'audition de victimes, 
  • fiches sur les droits spécifiques des victimes de TEHES traduites en plusieurs langues... 

L'OCRTEH forme chaque année des policiers et des gendarmes dans le cadre de sessions organisées notamment par l'office mais également dans les écoles de police, à l'ENM, etc. 

L'OCRTEH travaille également en partenariat étroit avec le dispositif Ac.Sé afin de mobiliser des associations spécialisées avant, pendant et après le démantèlement des réseaux. 

La répression de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle par la filière judiciaire 

L'année 2025 a été marquée par de multiples actions de mise en œuvre du plan national de répression de la traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle, lancé en 2024 et porté par l'OCRTEH. L'office a publié et diffusé plusieurs fiches réflexes thématiques ainsi qu'un guide de l'enquêteur en matière de lutte contre la TEHES et le proxénétisme. 

Afin d'encourager la verbalisation des clients, une fiche réflexe accompagnée d'un procès-verbal simplifié ont notamment été produits ; un module de e-formation à destination des forces de sécurité intérieure sur la verbalisation des clients a aussi été développé. 

Par ailleurs, un réseau national de référents proxénétisme, composé d'une centaine de policiers formés par l'OCRTEH sur la matière, a vu le jour en juillet 2025. Ceux-ci constituent des points de contact au niveau départemental pour les services de police judiciaire locaux confrontés à des affaires de proxénétisme. 

En outre, de nombreux partenaires stratégiques ont été formés à la thématique au cours de l'année 2025 : 

  • agents de sûreté SNCF, 
  • intervenants sociaux et psychologues en commissariats et gendarmerie, 
  • magistrats dans le cadre de la formation continue proposée par l'École Nationale de Magistrature (ENM), etc.

 

Selon Julien BATAILLE, commissaire divisionnaire, chef de l'office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH)